Bénin : la candidature de Lionel Zinsou déchaîne l’opposition

Intervention de Lionel Zinsou à la télévision nationale béninoise, le 2 novembre 2015

Les réactions ne se sont pas fait attendre. A peine le premier ministre béninois Lionel Zinsou a-t-il été désigné, vendredi 27 novembre, candidat unique du parti au pouvoir à la présidentielle du 28 février 2016, que ses opposants se sont déchaînés. « Nous n’avons pas besoin d’un banquier aventurier ! », s’est écrié Jules Lodjou, coordinateur du parti d’opposition L’union fait la nation, en référence à la carrière bancaire du franco-béninois Lionel Zinsou chez Rothschild et à la tête du plus gros fonds d’investissement européen, PAI Partners.


Et Jules Lodjou de poursuivre : « Nous savons que Lionel Zinsou, n’est pas le candidat de la FCBE [Force cauris pour un Bénin émergent, le parti au pouvoir], c’est un candidat imposé par [le président] Thomas Boni Yayi. (…) Le premier ministre avait démenti [être] un dauphin. Nous voyons aujourd’hui qu’il se plaît bien [dans ce rôle]. »


Le premier ministre, lui, semble avoir été vacciné contre la violence verbale d’usage dans le petit monde délétère de la politique béninoise. « J’ai [toujours] dit que je ne serai pas un candidat de dissension. J’aime le consensus, a déclaré Lionel Zinsou au « Monde Afrique » vendredi 27 novembre. La FCBE, qui avait d’excellents et nombreux candidats [dont certains ministres], avance vers le consensus. Il faut construire maintenant un consensus plus large. C’est ce dont on a besoin pour l’unité du Bénin et pour la paix. »




Il faut dire que l’ancien homme d’affaires franco-béninois, devenu homme politique le 18 juin dernier lorsqu’il a été appelé à la tête du gouvernement de son pays d’origine, a eu de quoi s’habituer aux attaques virulentes. Ces derniers mois, un média en particulier ne lui a rien épargné : La Nouvelle Tribune, un quotidien lié à l’homme d’affaires Patrice Talon, qui fut le roi du coton au Bénin avant de s’enfuir en France il y a trois ans, accusé à la fois de tentative d’assassinat du chef de l’Etat et de vol dans les caisses des douanes pour un montant de 12 milliards de francs CFA (environ 18,3 millions d’euros). Rentré au pays le 8 octobre à la faveur d’une amnistie, M. Talon semble se préparer lui aussi à une candidature présidentielle.


Un étranger, un « venu de France », non tropicalisé


Le 12 novembre, La Nouvelle Tribune qualifiait Lionel Zinsou de « ballon d’essai vite dégonflé », affirmant que « le capital d’estime du premier ministre [connaissait] une chute abyssale ». Le même jour, le journal accusait Lionel Zinsou, pourtant neveu de l’ancien président béninois Emile Derlin Zinsou renversé par un coup d’Etat en 1969, d’être un « homme seul », un « étranger venu au mauvais moment pour partager le gâteau au même titre que les autochtones », bref un « venu de France », produit « non tropicalisé ». Et la Nouvelle Tribune de poursuivre : « Sa mentalité, sa vision des choses l’éloignent bien des Béninois. Il est resté toujours français dans son tréfonds et c’est l’une des raisons de la méfiance dont il fait l’objet. (…) Il n’a aucun fief, aucune base électorale et n’a donc personne pour défendre ses intérêts. Non seulement il ne connaît pas les FCBE, il n’y a pas d’amis. C’est dire qu’opter pour un tel personnage comme candidat, c’est autoriser officiellement la dispersion des militants Fcbe. »


Ces articles, qui n’abordent jamais les idées ni le programme du premier ministre, qui n’indiquent jamais leur source et ne sont parfois pas signés, se concentrent sur sa personnalité et les jalousies locales. Ainsi le 8 octobre, La Nouvelle Tribune titre « Quand les projecteurs s’éteignent sur Zinsou », insistant à nouveau sur l’identité française de Lionel Zinsou, malgré « ses bazins bien brodés et taillés sur mesure ». Un autre média, Les Quatre Vérités, a pris l’habitude de le surnommer « Zin-Li ». Le 5 novembre dernier, lui prédisant un « échec cuisant » s’il devait être candidat, ce journal qualifie Lionel Zinsou de « néophyte, d’ouvrier de la 25e heure », pour lequel ses alliés politiques « ne vont pas mouiller leur maillot ».


La stratégie des médias de l’opposition consiste en effet à prédire l’implosion du parti au pouvoir, la FCBE, sous l’effet de la candidature de Lionel Zinsou, voire à chroniquer cette implosion comme si elle avait déjà eu lieu. Jeudi 26 novembre, l’un des poids lourds de la FCBE, le ministre de l’économie et des finances, Komi Koutché, leur a pourtant donné tort. Expliquant à ses partisans pourquoi il se rangeait derrière la candidature de Lionel Zinsou, il a déclaré : « Quand on vous choisit, les autres qui espéraient être choisis abdiquent. Si on ne vous choisit pas, vous devez, en gentlemen, vous mettre au service du groupe. » Parlant de lui à la première personne du pluriel, Komi Koutché a poursuivi : « Ce ne serait donc pas sage de notre part de nous comporter comme si tout se résumait à nous seuls. Faisons le combat, nous qui devons assurer la victoire pour notre camp en 2016. »

Par Hermann Boko (contributeur, Le Monde Afrique, Cotonou) et Serge Michel


LE MONDE du 28.11.2015

Retour à l'accueil