(Le colonel Michodjèhoun parle de bavure policère)

Certains responsables de la police nationale étaient face à la presse ce jeudi 25 décembre 2014. Objectif de la sortie médiatique : donner des explications suite au décès intervenu au petit matin de ce jour de la nativité, d’un jeune homme qui serait un des auteurs du supposé braquage

Dans ses propos, le Commissaire principal de police, Louis Tokpanou, a fait savoir que le braquage serait intervenu aux environs d’une heure du matin, où un militaire en service à la garde républicaine a été dépossédé de sa moto dream de couleur grise, son casque, son portefeuille contenant du numéraire et sa carte d’identité militaire. Rapportant la version de la victime Ossé Kola Abel Mofolorouncho criblée de billes à la cuisse et dans les fesses, le Directeur central de la sécurité publique a dit que le militaire revenait du service quand il a été braqué par trois individus qui étaient sur deux motos. La patrouille du commissariat de Tokplégbé dans le premier arrondissement de Cotonou qui sillonnait fortuitement les artères de la zone, aurait remarqué que quatre individus étaient sur motos et roulaient à vive allure. Interpellés, ils auraient ouvert le feu sur la police. Résultat des échanges de tirs, décès d’un jeune homme qui est le fils du Colonel à la retraite Camille Michodjèhoun. Un autre blessé par balles, est actuellement en train de suivre des soins. Les déclarations du militaire braqué ont prouvé, selon le Commissaire Tokpanou, que c’était sa moto qui a été emportée, car sa carte d’identité militaire de l’armée de terre aurait été aussi retrouvée sur le jeune homme abattu. Un pistolet de fabrication artisanale et des billes, ainsi que des gris-gris et des numéraires aussi. En dehors du militaire, un autre individu a été braqué par les mêmes jeunes. Présent au point de presse de la police avec un bandage au pied, il a répondu aux questions des journalistes et exhibé les clichés de la radiographie qui montre la présence de billes non encore retirées.

« Ce n’est pas un braquage, c’est une bavure » dixit Camille Michodjèhoun

Le Colonel des forces aériennes à la retraite Camille Michodjèhoun est monté au créneau pour formellement démentir les allégations qui font état de ce que son fils abattu, serait un braqueur. Selon le père de la victime, son fils serait allé réveillonner à la plage avec ses camarades quand de retour, ils ont été pris pour des braqueurs. Apeurés à la vue des policiers, les jeunes auraient pris la fuite et ont essuyé des tirs de la police, ce qui a occasionné ce décès. L’avocat de la famille, Me Paul Kato- Atita a affirmé que c’est un crime qui a été commis et que cela ne restera pas impuni. Plusieurs témoignages de jeunes du quartier Tokplégbé qui étaient en compagnie du jeune homme abattu, battent en brèche la version servie par la police nationale au cours du point de presse. Qui a raison ? Peut-être qu’on ne le saura jamais…

Yves-Patrick LOKO

Une pilule policière difficile à faire avaler

Bavure policière ou meurtre face à l’attitude de ces quatre adolescents qui « ont ouvert le feu » sur des policiers dans la nuit du réveillon de la Nativité? La réponse exacte à cette interrogation relèverait d’une pure magie. Comme d’aucuns le diraient, seul Dieu pourrait départager d’un côté la Police et de l’autre, le colonel Camille Michodjehoun, géniteur du jeune abattu froidement, Me Paul Kato Attita, son avocat et les autres supposés témoins du fait. Une chose est indéniable. La police a ôté la vie à un petit, fut-il braqueur on non. Et les clarifications apportées par la hiérarchie policière ont été violemment battues en brèche. De ma position de professionnel des médias, lorsque j’ai suivi le croisement fait de cette information par la chaîne de télévision Canal 3 Bénin, j’ai tiqué. Et pour cause. C’est l’une des rares fois que des parents à visage découvert viennent défendre leur mort dans une tuerie occasionnée par la police. Est-ce le statut de M. Michodjehoun (colonel bien connu de l’armée) qui a joué ? Là n’est pas le véritable problème. Mais retenons simplement qu’à partir de ce cas patent, je me suis plongé dans le passé pour revoir le nombre de ces individus sans défense abattus et que la presse a relayé sans porter des gants. Le cas Michodjehoun doit interpeller les journalistes sur les cas de braquage rapportés sans préciser dans le compte-rendu que c’est un « supposé braquage» ou de <<supposés malfrats >>abattus. C’est un cas d’école qui vient rappeler que le professionnalisme nous impose d’avoir à l’esprit la présomption d’innocence. Fermons cette parenthèse sur la déontologie et revenons au fait tel que rapporté par la police. A priori on peut donner raison aux policiers puisque dans le rang des personnalités publiques, nombreux sont-elles à avoir des enfants voyous dont les déviances comportementales ne sont souvent pas sues à la maison. S’il est aussi vrai que sur ces théâtres « d’échanges de tirs » les journalistes sont généralement absents, il faut tout de même condamner le fait que certains individus se permettent le vilain luxe d’affronter la police avec des armes. Mais pour le cas d’espèce comme plusieurs autres d’ailleurs, on est tenté de se demander si les hommes à Louis Philippe Houndégnon ne pouvaient-ils pas faire autrement pour éviter le pire ? Sans être présent sur le lieu du drame, on peut en prenant du recul être affirmatif. En effet, à qui avaient affaire les policiers en patrouille ? Sans détour, à des adolescents qui plus est « avec une arme de fabrication artisanale ». Ce qui suppose que les éléments de la patrouille étaient en position de force. Pourquoi n’ont-ils pas alors choisi de maîtriser ces jeunes si on admet même qu’ils sont des braqueurs ? Les hommes du commissariat de Tokplégbé ne pouvaient-ils pas viser un membre supérieur ou inférieur du supposé détenteur de l’arme ? Autant d’interrogations qui certainement trouveront réponses devant le juge puisque les parents du défunt ainsi que l’avocat commis sont décidés à aller loin. Vivement que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui pourra être un vrai cas d’école.

A.J.B

 

Suite au braquage de la nuit de Noël : La police nationale apporte des clarifications
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